La réalité du Dajjal (Antéchrist) et du Messie en Islam
Au nom d’Allāh, le Gracieux, le Miséricordieux.
Le Dajjal الدَّجَّال est un terme arabe qui signifie « le grand trompeur ». Les traditions du Prophète Muhammad (s.a.w.) relatives à son apparition dans les derniers temps sont souvent interprétées de manière littérale. Cela conduit de nombreux croyants à lui attribuer des pouvoirs extraordinaires, comme celui de ressusciter les morts ou de détenir le Paradis dans une main et l’Enfer dans l’autre.
Toutefois, une telle compréhension se heurte à une contradiction majeure : elle porte atteinte à l’Unicité absolue du Créateur (Tawḥīd). Donner la vie, susciter la mort ou régir le Paradis et l’Enfer relèvent du domaine exclusif du Divin ; attribuer de telles prérogatives à une créature revient à Lui assigner des associés.
La nature métaphorique des visions prophétiques
En réalité, les prophéties relatives aux derniers temps rapportées dans les Ahadith proviennent des rêves et des visions du Prophète Muhammad (s.a.w.). Or, à l’instar de tous les songes mentionnés dans le Saint Coran, ces visions comportent une portée symbolique et nécessitent une véritable interprétation, loin de toute lecture au premier degré.
Le Livre Sacré nous offre d’ailleurs plusieurs exemples de visions allégoriques :
Lorsque le Prophète Joseph (a.s.) vit le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant lui, cela n’était pas à prendre au sens littéral, mais il s’agissait d’un rêve qui annonçait son destin glorieux.
Lorsque le Prophète Abraham (a.s.) se vit en songe en train d’immoler son fils, il s’agissait plutôt d’une épreuve et de l’ordre symbolique d’établir sa femme Hajar et son fils Ismaël (a.s.) dans le désert.
C’est également le point de vue d’éminents savants, à l’instar de Mulla ‘Ali al-Qari, qui explique dans son Mirqāt al-Masābīḥ (commentaire du Mishkāt al-Maṣābīḥ) que ces narrations concernant le Dajjāl reposent en réalité sur des visions spirituelles et doivent, de ce fait, faire l’objet d’une interprétation.


Comment reconnaître le Dajjāl à la lumière du Saint Coran ?
Bien que le terme « Dajjāl » ne figure pas en tant que tel dans le texte Coranique, le Prophète Muhammad (s.a.w.) nous a transmis des clés essentielles pour l’identifier et nous en préserver. Dans une tradition célèbre rapportée dans le Ṣaḥīḥ Muslim, le Noble Messager (s.a.w.) nous recommande de réciter les dix premiers versets de la sourate Al-Kahf pour être préservé du Dajjāl ; d’autres variantes de ce même ḥadīth mentionnent quant à elles les dix derniers versets.
« مَنْ حَفِظَ عَشْرَ آيَاتٍ مِنْ أَوَّلِ سُورَةِ الْكَهْفِ عُصِمَ مِنَ الدَّجَّالِ »
Le Prophète (s.a.w.) à dit : « Quiconque mémorise les dix premiers versets de la sourate Al-Kahf sera préservé du Dajjāl. »
Hadith | Sahih Muslim
Dans ces versets, Allah déclare y avoir suscité Son Prophète et révélé le Livre afin d’avertir ceux qui affirment : « Allah S’est donné un fils. »
« وَّیُنۡذِرَ الَّذِیۡنَ قَالُوا اتَّخَذَ اللّٰہُ وَلَدًا »
« Et qu’il avertisse ceux qui disent : “Allāh S’est pris un fils.” »
Le Saint Coran | Chapitre 18, verset 5
Le Coran souligne la gravité d’une telle doctrine, indiquant que les cieux et la terre manquent de s’effondrer devant une telle affirmation.
« تَکَادُ السَّمٰوٰتُ یَتَفَطَّرۡنَ مِنۡہُ وَتَنۡشَقُّ الۡاَرۡضُ وَتَخِرُّ الۡجِبَالُ ہَدًّا ۙ اَنۡ دَعَوۡا لِلرَّحۡمٰنِ وَلَدًا »
« Peu s’en faut que les cieux ne s’éclatent à cause de cela, et que la terre ne se fende, et que les montagnes ne s’écroulent en morceaux, Parce qu’ils attribuent un fils au Dieu Gracieux. »
Le Saint Coran | Chapitre 19, versets 91-92

Les premiers et derniers versets de la sourate Al Kahf mettent donc en garde les croyants contre le dévoiement de nations qui, après avoir divinisé un homme et l’avoir élevé au rang de Dieu, ont fini par délaisser la spiritualité et ont développé un appétit vorace et un amour sans limite pour les biens de ce monde.
La raison pour laquelle, dans certains hadith, le Dajjal est appelé « al-Masīḥ ad-Dajjāl » est qu’il propagerait le mensonge au nom du Messie, titre attribué à Jésus (a.s.).
Les descriptions de l’Antéchrist
Le Dajjāl n’est donc pas un concept tangible et physique. Il est représenté en vision sous les traits d’un seul homme, mais symbolise en réalité un ensemble d’idées et de croyances trompeuses qui répandent l’immoralité dans la société. Ce système embrasse également en son sein les philosophies athées et matérialistes, qui égarent les esprits en détournant les hommes du Dieu au profit du culte du matériel et de l’égo.
De même, les diverses descriptions du Dajjāl rapportées dans les Aḥādīth constituent des images symboliques illustrant les traits et caractéristiques fondamentaux de cette civilisation:
“Il sera borgne de l’œil droit et aura un œil gauche énorme” : être aveugle de l’œil droit symbolise une cécité spirituelle totale. En revanche, posséder un œil gauche énorme capable de voir dans le sol et d’en extraire les trésors indique une parfaite maîtrise des sciences matérielles, des affaires du monde et l’exploitation des ressources enfouies de la Terre.
“Il aura l’inscription « Mécréant » (Kāfir) sur son front” : le fait que les lettrés comme les illettrés puissent y lire ce mot signifie que, par ses actes comme par ses paroles, cette civilisation se manifestera clairement aux yeux de tous comme une grande opposante à la religion de l’Islam.
“Il voyagera sur un âne qui parcourra la Terre à une grande vitesse” : Cette monture gigantesque aux dimensions colossales, capable de fendre les airs comme de traverser les océans tout en signalant son départ à pleine voix, constitue une saisissante métaphore prophétique des moyens de transport modernes façonnés par la civilisation occidentale, tels que les avions, les bateaux et les trains.


Nous voyons donc que ces descriptions prophétiques décrivent avec une précision saisissante la réalité de la civilisation d’origine chrétienne qui s’est déployée à travers le monde, notamment portée par d’intenses missions évangéliques et propulsée par le souffle de ses innovations et de ses nouvelles technologies.
La venue du Messie pour vaincre le Dajjāl
Les prophéties islamiques lient ainsi étroitement la figure du Dajjāl aux dérives de la doctrine chrétienne. C’est précisément pour cette raison que l’une des missions fondamentales du Messie musulman dans les derniers temps est de « briser la croix », comme mentionné dans les Aḥādīth.
Cette expression symbolique ne signifie pas la destruction physique d’objets en forme de croix, mais la réfutation intellectuelle et théologique des dogmes centraux du christianisme, à savoir la divinité de Jésus, sa filiation divine et sa mort expiatoire sur la croix.
De surcroît, les traditions mentionnent également que le Dajjāl sera neutralisé par « le souffle du Messie. »
Ainsi, la mort du Dajjāl ne s’accomplira pas par les armes ni par le sang, mais par un combat spirituel, des signes irréfutables et des arguments rationnels. Les musulmans doivent faire preuve de compassion et de bienveillance envers tous. Ils doivent également œuvrer, par la prière et des actions paisibles, à libérer les êtres humains de l’emprise des fausses idéologies.
À la lumière de cette compréhension, les prophéties prennent tout leur sens et révèlent que le Dajjāl est déjà présent sur Terre. Sa domination a atteint son paroxysme durant la période de la colonisation, une époque où la doctrine de la Trinité et l’influence de l’Occident gagnaient une ampleur considérable à travers le monde.
Or, si le Dajjāl était déjà présent et exerçait une grande influence à cette époque, cela signifie inévitablement que la venue du Messie au sein de la communauté musulmane devait coïncider avec l’apogée de l’influence du Dajjal, surgissant ainsi à l’heure la plus sombre pour engager le combat.
En effet, nous constatons aujourd’hui que le Dajjāl perd progressivement son influence et cède du terrain, preuve que la contre-offensive théologique est bel et bien entamée.
Le combat du Messie et de sa communauté depuis plus d’un siècle
Pour bien comprendre le contexte de cet affrontement, il convient de revenir au 19ᵉ siècle, une période où le monde musulman traversait l’une des phases les plus critiques de son histoire. Tandis que les puissances islamiques traditionnelles, à l’image de l’Empire Ottoman, s’affaiblissaient face à la montée de l’impérialisme occidental, la Ummah musulmane se retrouvait marquée par de profondes divisions théologiques internes et une stagnation intellectuelle.

Dans ce paysage en pleine mutation, l’Inde occupait une place stratégique singulière. Elle n’était pas seulement une colonie britannique, mais elle constituait le cœur démographique de l’Islam mondial en concentrant plus de 60 millions de fidèles, soit la plus grande communauté musulmane de l’époque.
C’est précisément sur ce territoire indien que s’est joué un affrontement idéologique sans précédent, où l’Islam faisait face à une triple pression menaçant son existence même. D’un côté, dès 1813, l’activité missionnaire chrétienne s’intensifiait avec le soutien direct du pouvoir colonial, provoquant des milliers de conversions de musulmans vers le christianisme. D’un autre côté, des mouvements de renaissance hindoue, à l’instar de l’Arya Samaj, remettaient vigoureusement en cause la présence et la doctrine musulmanes sur le sol indien. Enfin, l’influence des philosophies matérialistes venues d’Europe s’imposait progressivement, ébranlant la foi des croyants face aux progrès scientifiques modernes.
Dans ce climat de vulnérabilité totale, Hadhrat Mirza Ghulam Ahmad de Qadian (a.s.) émergea dès les années 1880 en tant que défenseur ultime de la cause islamique.

À travers de nombreux débats publics et la publication de plus de 91 ouvrages, tels que le Baraheen-e-Ahmadiyya, il apporta pour la première fois une réponse rationnelle, logique et profondément spirituelle à ces nouvelles attaques. En développant une argumentation moderne pour prouver la véracité du Coran, il offrit également sa propre expérience spirituelle comme preuve vivante de l’existence d’un Dieu Vivant, qui continue de Parler à notre époque.
Pour attester cette réalité, il énonça de nombreuses prophéties d’une précision remarquable, à l’instar de la prophétie sur la peste ou la première guerre mondiale, qui se sont toutes accomplies sous les yeux du monde. Il parvint ainsi à stabiliser la foi des croyants qui étaient alors sur la défensive, devenant l’obstacle intellectuel et spirituel le plus redoutable pour les missionnaires chrétiens et les penseurs athées de son temps. Dieu lui informa qu’il était l’Imam Al Mahdi et accomplissait métaphoriquement la venue du Messie fils de Marie au sein de la Ummah musulmane, un avènement prédit par le Prophète de l’Islam (s.a.w.).
L’héritage de cette œuvre réformatrice ne s’est pas limité aux frontières du sous-continent indien. Aujourd’hui encore, de nombreux érudits et penseurs à travers le monde musulman puisent abondamment dans la richesse des arguments théologiques et rationnels développés par Hadhrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s.).
Il demeure notamment le seul à avoir démontré méthodiquement, en s’appuyant sur le Saint Coran, la Bible et des recherches historiques rigoureuses consignées dans son ouvrage majeur « Jésus en Inde », que Jésus (a.s.) n’est pas mort sur la croix, mais qu’il a survécu à la crucifixion, a migré vers l’Est à la recherche des tribus perdues d’Israël, et est décédé de mort naturelle au Cachemire, en Inde. Cette démonstration historique et doctrinale est venue briser définitivement le dogme de la divinité de Jésus (a.s.).
En 1889, il fonda la Communauté Musulmane Ahmadiyya, portée par des croyants animés d’un zèle sincère pour la propagation du véritable message de l’Islam à travers le monde. Ce réveil spirituel s’est produit à une époque où les gens étaient devenus totalement indifférents à cet égard. Depuis son décès en 1908, un système de successeurs spirituels a été établi et une succession ininterrompue de Califes guide la communauté.

Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, qu’Allah Soit Son Soutien, est l’actuel Calife de cette communauté, qui compte aujourd’hui des millions de membres répartis dans plus de 200 pays à travers le monde.
« لاَ تَزَالُ طَائِفَةٌ مِنْ أُمَّتِي يُقَاتِلُونَ عَلَى الْحَقِّ ظَاهِرِينَ إِلَى يَوْمِ الْقِيَامَةِ»
Le Prophète (s.a.w.) à dit : « Un groupe de ma communauté ne cessera de combattre pour la Vérité et triomphera jusqu’au Jour de la Résurrection. »
Hadith | Sahih Muslim
Ainsi, la grande domination que le Dajjāl exerçait durant l’ère coloniale s’effrite au fur et à mesure que les arguments de la vérité se répandent, démontrant que ce combat spirituel initié par le Messie Promis (a.s.) continue de faire reculer le mensonge face au souffle de la vérité.


