Dieu est-il une invention humaine ?

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D’où vient la religion ? Est-elle le cri de détresse d’une humanité souffrante ou le simple produit de la peur face aux forces de la nature ?

Depuis des siècles, les critiques de la foi s’acharnent à réduire le divin à une pure invention humaine.

Pour le philosophe Karl Marx, qui cherchait à comprendre les causes de la foi dans une Europe du XIXe siècle en plein essor industriel et marquée par la misère ouvrière, la religion n’est qu’un anesthésique social, « l’opium du peuple » qui console les ouvriers de leur détresse tout en légitimant la tyrannie des puissants et les injustices de l’ordre établi.

Poussant l’investigation plus loin, les penseurs et sociologues modernes, grandement influencés par la théorie de l’évolution de Darwin, ont cherché à appliquer ce schéma aux origines de la foi.

Selon cette vision, l’homme primitif, tout juste sorti de l’animalité et terrifié par les forces incompréhensibles de la nature, aurait peuplé son monde de superstitions et de divinités imaginaires avant de voir, par un lent progrès intellectuel, ses cultes polythéistes évoluer progressivement vers le monothéisme d’un Dieu parfait et unique.

Présentées comme des évidences scientifiques, ces thèses concluent toutes à la même sentence : la religion est née de l’ignorance, de la peur et de l’illusion.

Mais que vaut réellement cette grande fresque évolutionniste et matérialiste face à l’épreuve de l’histoire des religions et de la logique ?

C’est à cette vaste entreprise de déconstruction que Hazrat Mirza Tahir Ahmad (r.h.) apporte une réfutation éclatante dans son ouvrage Revelation, Rationality, Knowledge & Truth.

En revisitant la nature de l’égo, la réalité de la peur et le véritable parcours des prophètes de Dieu, il démontre que la religion n’est pas le fruit de l’imagination de l’homme, mais un phare descendu du Ciel pour éclairer l’humanité.

Le prisme athée des critiques de la religion

Avant d’analyser les thèses de Karl Marx et des sociologues modernes sur l’origine des religions, il faut interroger la perspective de ces penseurs.

Ayant grandi dans l’Europe du XIXᵉ siècle, des figures comme Karl Marx ou Darwin n’ont connu dans leur vie que le dogme du christianisme de leur époque.

Le seul concept de Dieu qui leur était enseigné à travers ces dogmes traditionnels laissait souvent la raison sans réponse ; ne connaissant que cette unique réalité, ils ont jugé l’ensemble des religions à travers ce prisme étroit.

Hazrat Mirza Tahir Ahmad (r.h.) souligne que les sociologues modernes n’ont pas non plus été justes dans leur démarche. Loin d’aborder la question en observateurs neutres, ils ne croyaient pas en Dieu et ont voulu expliquer l’origine des religions à partir de ce préjugé initial.

Ce regard foncièrement matérialiste, présenté au grand public comme une démarche scientifique rigoureuse, ne repose en réalité que sur des conjectures et des jugements préconçus.

L’épreuve des faits contre l’illusion de l’égo

Si la religion était une simple invention de l’esprit, l’homme aurait naturellement conçu des règles taillées sur mesure pour flatter son égo, justifier ses désirs et servir ses intérêts personnels.

C’est d’ailleurs précisément ce que l’on observe dans les idéologies purement humaines et matérialistes, à l’image de la philosophie marxiste, qui érige la violence en nécessité politique pour renverser l’ordre établi.

Celle-ci, loin de maîtriser les penchants de l’homme, fait appel à la rébellion, excite la colère et éveille les passions de la désobéissance et de la revendication pour servir des intérêts terrestres.

À l’inverse, les enseignements divins exigent de l’être humain qu’il combatte la voix de son égoïste nature : qu’il maîtrise ses passions, brise son orgueil, privilégie le dialogue et fasse preuve d’une noble patience face aux épreuves.

Loin de flatter la cupidité, la religion rappelle à l’homme que ses biens ne lui appartiennent pas en propre, mais qu’ils recèlent un droit inaliénable pour les pauvres et les déshérités.

En plaçant le service d’autrui au-dessus des désirs personnels et de l’intérêt individuel, la foi exige un véritable dépassement de soi. Un tel appel au renoncement et à la justice ne saurait être le fruit de la simple imagination humaine.

L’histoire de l’humanité témoigne d’ailleurs du pouvoir de ces enseignements pour élever la moralité. Lorsque les principes divins ont été mis en pratique, ils ont profondément transformé des sociétés entières.

On le voit de manière éclatante à travers l’exemple des premières générations de musulmans auprès du Prophète Muhammad (s.a.w.).

Une société arabe autrefois polythéiste et fracturée par des guerres tribales incessantes et des injustices s’est métamorphosée en un modèle d’unité et d’abnégation. Unies sous la bannière de l’unicité divine, ces tribus autrefois ennemies ont effacé toutes leurs divisions pour ne former qu’un seul corps.

Ces hommes et ces femmes ont fait preuve d’une immense patience face à l’adversité, ont combattu l’injustice et ont consacré leur vie au service des plus faibles, au point que même les non-musulmans saluaient leur profonde tolérance religieuse et leur sens du respect.

À l’inverse, en voulant instaurer une société par la force et en s’éloignant de toute dimension spirituelle, Lénine a appliqué rigoureusement la pensée de Karl Marx lors de la révolution bolchevique de 1917. En libérant les instincts de haine de classe et en promettant le paradis sur terre par la violence, cette révolution a fait couler des fleuves de sang à travers des guerres civiles dévastatrices, des purges et des famines.

C’est le parti bolchevique qui a alors pris le pouvoir absolu pour donner naissance à l’URSS. Loin d’apporter l’émancipation promise, ce système a instauré un État dictateur d’une cruauté inédite, opprimant, contrôlant et exploitant ses citoyens de manière bien plus féroce et systématique que le régime tsariste qu’il avait aboli.

Dieu est-il une invention humaine ?

En fin de compte, l’histoire démontre que seul un enseignement d’origine divine possède la force authentique d’élever durablement l’âme humaine, de purifier son égo et de bâtir une véritable justice, là où les constructions humaines fondées sur la passion et la révolte finissent par engendrer le chaos et la tyrannie.

La religion provient-elle des superstitions ?

On constate qu’en premier lieu, la peur n’a jamais engendré l’adoration. Dire que l’homme adore ce qu’il craint est absurde.

Face au danger d’une tempête ou d’un animal sauvage, l’instinct pousse l’être humain à fuir ou à se cacher, jamais à aimer ni à se prosterner.

Les policiers ou les magistrats font l’objet de craintes, mais personne ne les adore. Une victime tyrannisée ne vénère pas son bourreau ; si elle en est libérée, elle l’insulte. La crainte et l’ignorance ne peuvent donc pas créer la plus rudimentaire des religions.

De plus, l’histoire du passage progressif du polythéisme vers le monothéisme n’existe pas. Aucune étude historique ne prouve qu’une société superstitieuse ou polythéiste ait jamais évolué progressivement d’elle-même, vers un monothéisme pur.

Au contraire, c’est l’inverse qui se produit : l’histoire montre que les sociétés monothéistes originelles finissent par s’égarer et par dégénérer progressivement vers le paganisme et l’idolâtrie, et non l’inverse.

Le Saint Coran rejette formellement cette chronologie : toutes les grandes religions ont commencé avec la croyance pure en l’Unicité divine :

« وَلَقَدۡ بَعَثۡنَا فِیۡ کُلِّ اُمَّۃٍ رَّسُوۡلًا اَنِ اعۡبُدُوا اللّٰہَ وَاجۡتَنِبُوا الطَّاغُوۡتَ »

« Et Nous avons certainement envoyé à chaque peuple un Messager, qui prêchait ainsi : « Adorez Allāh et évitez tous les transgresseurs… »

Le Saint Coran | Chapitre 16 verset 37

En réalité, l’observation des faits montre un mouvement inverse et constant : les sociétés humaines, livrées à elles-mêmes, finissent toujours par s’égarer et par dégénérer progressivement du monothéisme vers le polythéisme.

De surcroît, toute étude attentive des traditions religieuses révèle que c’est précisément lorsque ce polythéisme atteint son paroxysme qu’un messager surgit pour briser net ces pratiques et rétablir l’unicité divine.

Mythes païens vs Messagers divins

Hazrat Mirza Tahir Ahmad (r.h.) met donc en lumière l’erreur fondamentale des sociologues qui confondent les cultes païens et les religions divinement révélées.

Dans les cultes mythiques, les grands prêtres ou oracles n’ont jamais prétendu apporter un nouveau code de vie fondé sur une révélation. Leur statut était accepté par pure tradition, sans que personne ne les mette au défi de prouver leur légitimité par des signes célestes, ce qui leur laissait le champ libre pour perpétuer leurs coutumes.

Le cas de ces personnes qui prêchaient l’unicité divine et se disaient messagers de Dieu, comme Abraham (a.s), Moïse (a.s), Jésus (a.s) ou Muhammad (s.aw.) est radicalement différent.

Tous ces personnages se sont dressés pour prêcher l’Unicité de Dieu et s’opposer fermement aux pratiques de leur époque, se présentant ouvertement comme les porteurs d’une mission divine. Ils n’ont jamais profité d’un ordre établi, mais ont surgi comme des voix isolées, prônant un mode de vie nouveau qui bouleversait les habitudes populaires.

Face à eux, les autorités de l’époque, pourtant divisées et rivales, scellaient des alliances pour faire front commun contre ce nouvel ordre.

Si ces hommes n’avaient été que de simples charlatans, leur tâche aurait été impossible, car aucun imposteur ne s’acharne à poursuivre un objectif aussi risqué.

La constance avec laquelle ces individus de cette envergure ont bouleversé l’histoire, face à une opposition aussi violente, dépasse toutes les explications humaines.

De toute évidence, une force invisible et surhumaine a soutenu ces hommes qui, bien qu’isolés et minoritaires en leur temps, ne disposaient pourtant d’aucun moyen matériel pour accomplir une transformation d’une telle ampleur.

Face à cette immense opposition, ces messagers ont toujours fini par être victorieux dans leur mission, illustrant ainsi cette divine promesse :

« کَتَبَ اللّٰہُ لَاَغۡلِبَنَّ اَنَا وَرُسُلِیۡ ؕ اِنَّ اللّٰہَ قَوِیٌّ عَزِیۡزٌ »

« Allāh a décrété : « Je prévaudrai très certainement, Moi et Mes Messagers. » En vérité, Allāh est Fort, Puissant »

Le Saint Coran | Chapitre 58 verset 22

À eux seuls, ils ont transformé la vision du monde, la pensée et la morale de leur temps. Porté par des disciples vertueux, leur enseignement s’est progressivement diffusé, instaurant une paix et un équilibre durables dans la vie de nombreux peuples.

Quant à tous ces États et pouvoirs qui s’opposaient à ces messagers, ils ont fini par s’effondrer après leur venue pour céder la place à la nouvelle philosophie et aux principes apportés par ces envoyés.

Dieu est-il une invention humaine ?

Hazrat Mirza Tahir Ahmad (r.h.) souligne que seule une croyance solide en Dieu Unique et un fort sens de la responsabilité morale peuvent réellement unir les hommes et l’empêcher de commettre des actes répréhensibles.

C’est le rôle premier de la religion : enseigner une éthique solide. Si la moralité d’une société s’effondre, la religion finit par dépérir avec elle.

Le déclin commence généralement lorsque les chefs religieux et le clergé s’éloignent de l’enseignement pur. Avec le temps, ils prennent une place excessive, se comportent comme des figures quasi divines et exigent une obéissance aveugle, transformant peu à peu la religion en un système qui sert leurs propres intérêts ou ceux des fidèles, tant que ceux-ci ne sont pas contredits.

Lorsque chacun commence à ne plus obéir qu’à son propre ego, la société glisse insensiblement du monothéisme vers une forme de paganisme où l’on adore ses propres désirs.

C’est précisément dans ces moments de décadence spirituelle, où la foi est vidée de son sens, que de nouveaux messagers de Dieu surgissent pour rappeler l’humanité à l’Unicité divine. Leurs adversaires les accueillent toujours avec rejet, mais ces messagers finissent par triompher en transformant durablement les consciences.

En fin de compte, pour comprendre la vraie nature d’une religion, il ne faut pas regarder ses dérives tardives ou les abus des hommes, mais plutôt observer son point de départ : un message pur et sincère, porté par des hommes intègres qui ont tout sacrifié pour la justice et le bien de l’humanité.

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