Une nouvelle guerre mondiale est-elle vraiment à l’horizon ?

Par Sabah-ud-Din Ahmedi et Adeel Shah

Les musulmans Ahmadis n’ont pas été surpris d’entendre l’avertissement du général Sir Nick Carter sur le risque d’une troisième guerre mondiale, car ses commentaires font suite à de nombreux avertissements similaires donnés par Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide), le Calife de la Communauté musulmane Ahmadiyya.

 

Le rythme de l’histoire

« Je ne sais pas avec quelles armes la troisième guerre mondiale sera menée, mais la quatrième guerre mondiale sera combattue avec des bâtons et des pierres. » – Albert Einstein

Dans une interview à l’occasion du Remembrance Sunday (journée de commémoration organisé au Royaume-Uni), le général Sir Nick Carter, chef d’état-major britannique de la défense, a parlé d’oublier le « rythme » de l’histoire et nous a rappelé les risques imminents d’une nouvelle guerre mondiale.

Lorsqu’il s’est entretenu avec Sophie Ridge sur Sky News, il a expliqué comment l’escalade des tensions avait à plusieurs reprises conduit à la guerre :

« Si vous regardez le siècle dernier, avant les deux guerres mondiales, je pense qu’il était incontestable qu’il y a eu une escalade qui a conduit à l’erreur de calcul qui a finalement conduit à une guerre à une échelle que nous espérons ne jamais revoir. »

Certainement, le général Carter n’est ni le seul, ni le premier à s’inquiéter du risque et des conséquences dévastatrices d’une troisième guerre mondiale.

Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide), le Chef mondial de la Communauté musulmane Ahmadiyya, a depuis longtemps mis en garde contre les conséquences dévastatrices de la guerre nucléaire, qui pourrait bien ne nous laisser que des bâtons carbonisés et des pierres contaminées par les radiations.

De nombreuses études sur la guerre et la paix ont contribué à nous aider à comprendre comment les guerres commencent, comment elles se terminent et ce qui permet de les prévenir. Parmi d’autres raisons, la concurrence et l’exploitation des ressources, les changements dans l’environnement, les dépressions économiques de ce type provoquées par COVID-19, les crises de réfugiés et l’injustice raciale sont autant de facteurs qui accentuent le risque de conflit.

Ce sont des sujets dont le Calife, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide) a évoqué à de nombreuses reprises, appelant à l’égalité et à la justice à tous les niveaux de la société afin de calmer les tensions géopolitiques qui montent dans de nombreuses régions du monde.

Dans un contexte d’injustice, de conflit et des conséquences dévastatrices du COVID-19, le général Carter a eu raison de souligner le nationalisme comme un état d’esprit auto-préservé qui pourrait conduire à la guerre.

Ses préoccupations sont bien placées. Dans les périodes précédant la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale, ce sont l’isolationnisme, le nationalisme, l’incertitude économique et le recul de l’internationalisme qui ont précédé ces conflits mondiaux.

 

Pessimisme ou vérité inconfortable ?

En mai 2013, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide) a prononcé un discours à Beverly Hills en Californie aux États-Unis, dans lequel il a exprimé sa profonde inquiétude face à la perspective d’une guerre.

Le Calife a déclaré :

« La direction dans laquelle le monde évolue suggère que l’ombre sombre de la guerre est projetée sur une très grande partie du globe. Si la guerre éclate, alors d’innombrables femmes, enfants et personnes âgées innocentes mourront. La destruction sera plus importante que ce qui a été observé lors des deux guerres mondiales précédentes. »[1]

À l’époque, certains jugeaient précipitamment ses conclusions sur les affaires mondiales comme « pessimistes » – parler d’une guerre mondiale de grande envergure à un moment où une telle chose était presque inconcevable, ont en effet soulevé quelques sourcils.

Alors que le tumulte croissant que le monde continue de connaître devrait servir de rappel brutal et opportun des dangers qui résultent de l’absence de réaction des dirigeants politiques à ces avertissements, certains continuent de le rejeter et le font à leur propre détriment. D’autres cependant, au fil du temps, ont fini par reconnaître le risque réel que cela présente.

Dans un article de Bloomberg, Tyler Cowen, professeur d’économie américain à l’Université George Mason, s’est dit préoccupé par le fait que la guerre nucléaire soit toujours très possible et constitue une perspective très effrayante. En outre, le président du Comité des relations internationales des Lords, Lord Howell a déclaré que le monde était dangereusement proche d’un monde sans accords de maîtrise des armements, ouvrant la voie à une nouvelle course aux armements et à un risque accru d’utilisation des armes nucléaires. Dans une interview accordée au New York Times, l’ambassadeur sortant de la France auprès des Nations Unies, François Delattre, s’est dit préoccupé par le fait que le monde devenait de jour en jour plus dangereux et moins prévisible.[2]

En dépit de ces doutes évidents quant à la trajectoire précaire du monde, les dirigeants politiques n’ont pas agi.

Depuis que le Calife en a parlé en 2013, il y a eu au moins 38 guerres[3], dont l’insurrection irakienne, des affrontements au Myanmar et la guerre au Yémen. Au milieu de la pandémie en cours, l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont engagés dans un conflit sur le territoire contesté du Haut-Karabakh.

Dans ce contexte d’escalade des conflits et de l’injustice, le Calife, dans un sermon en décembre 2015, a déclaré :

« La gravité de la situation est telle qu’une troisième guerre mondiale pourrait commencer à tout moment – en réalité, une troisième guerre mondiale a déjà commencé à petite échelle. J’en ai averti pendant un certain nombre d’années, mais ce n’est que maintenant que les analystes et les personnalités mondiales ont commencé à être d’accord. »[4]

 

Premiers parmi leurs pairs

Les Nations Unies, l’Union européenne, l’OTAN, les organisations régionales des Amériques, de l’Afrique, de l’Asie et du Pacifique Sud ont été créées dans le but principal[5] de prévenir de futures guerres. Mais là où elles ont connu un certain succès, elles ont malheureusement aussi connu beaucoup trop d’échecs. Cela est dû en partie aux injustices inhérentes aux processus de prise de décision, qui accroissent la perspective des erreurs de calcul dont parle le général Carter et qui peuvent à leur tour conduire à la guerre.

L’analyse approfondie et perspicace de Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide) a mis à nu les causes sous-jacentes de la faiblesse des structures de gouvernance internationale. Lors d’une conférence donnée à l’Université York à Toronto en 2015, le Calife a déclaré :

« Aux Nations Unies, il ne faut pas que certains pays exercent un pouvoir et une influence excessifs, ou que les membres permanents du Conseil de sécurité ne se soucient que de leurs propres intérêts et utilisent leur droit de veto même s’il est en conflit avec les intérêts de la majorité. Au contraire, tous les membres des Nations Unies devraient travailler ensemble et respecter le pacte de confiance sur lequel l’institution a été fondée – pour maintenir la paix et la sécurité dans le monde. »[6]

Malgré ces avertissements, les injustices systémiques au sein des organisations internationales persistent encore à ce jour. Certains pays se considèrent comme « premiers parmi leurs pairs » et l’exemple le plus flagrant est le pouvoir de « veto » accordé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

En octobre 2020, Sitram Sharma, journaliste pour The Statesman, a réitéré ce que le Calife avait déclaré cinq ans plus tôt. Sharma a écrit :

« Depuis la fondation des Nations Unies en 1945, le monde a changé au point d’être méconnaissable. Mais les Nations unies refusent de se réformer ou, plus exactement, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis – plaident toujours en faveur du maintien de leur droit de veto, bloquant ainsi toute réforme majeure. »[7]

 

L’injustice est la porte qui mène aux conflits

Si l’avertissement du général Carter représente un changement dans le niveau de risque que les dirigeants mondiaux attribuent à la possibilité d’une autre guerre mondiale, alors ses commentaires seront significatifs, en particulier s’ils influencent ceux qui auraient pu auparavant ignorer ses perspectives réelles.

De toute évidence, la manipulation des pays les plus pauvres ou l’oppression des faibles par des pays plus puissants sont des facteurs particulièrement pertinents.

Dans un discours prononcé au Parlement néerlandais en 2015, le Calife a déclaré :

« Aujourd’hui, nous voyons de nombreux pays industrialisés augmenter leurs investissements dans les pays les plus pauvres et en développement. Il est impératif qu’ils agissent avec justice et s’efforcent d’aider ces pays, et non pas simplement d’utiliser leurs ressources naturelles et leur main-d’œuvre bon marché pour leurs propres gains nationaux et pour réaliser des profits. »[8]

L’histoire a démontré que chaque fois que les droits d’autrui sont usurpés à tort et que des injustices constantes sont perpétrées à leur égard, un conflit s’ensuit rapidement. En 2017, le Calife a en outre rappelé :

« N’oubliez jamais que si nous cherchons à défendre à tout prix nos propres intérêts, les droits des autres seront usurpés et cela ne peut que conduire à des conflits, à des guerres et à de la misère. Nous devons tous réfléchir et comprendre que nous nous trouvons au bord du gouffre. »9

Hadhrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide) a également évoqué les conséquences de la propagation de la haine religieuse :

« Le monde a désespérément besoin de paix et de sécurité. C’est la question urgente de notre temps. Toutes les nations et tous les peuples doivent se rassembler pour le plus grand bien et s’unir dans les efforts pour mettre fin à toutes les formes de cruauté, de persécution et d’injustice perpétrées au nom de la religion ou de toute autre moyen. Cela inclut la moquerie de toute religion qui peut inciter à la frustration et au ressentiment et, bien sûr, inclut également les activités haineuses de groupes extrémistes qui justifient à tort leurs actes pervers au nom de la religion. »

 

La voie à suivre

Depuis son élection le 22 avril 2003, le Calife a été invité à prendre la parole devant des parlements et des institutions importantes du monde entier. S’adressant directement aux dirigeants mondiaux, il les a avertis de la trajectoire dangereuse et destructrice qu’ils suivent. Il leur présente une solution : pour préserver le monde de la destruction, ils doivent se tourner vers Allah le Tout-Puissant et agir avec justice.

Le thème central de ces déclarations est que le public et les responsables gouvernementaux doivent reconnaître Allah le Tout-Puissant et se tourner vers Lui. Le Calife a clairement dit que la guerre et les conflits peuvent être évités si le monde reconnaît son Créateur et remplit les droits de sa création.

Dans son discours de 2013 à Los Angeles, le Calife a déclaré :

« La clé de la paix est d’arrêter la cruauté et l’oppression partout où elles se trouvent avec justice et égalité. Ce n’est que lorsque ce principe sera respecté que la paix mondiale se développera. Cela n’arrivera que lorsque les gens du monde parviendront à reconnaître leur Créateur. C’est ma prière et mon espoir ardent que le monde entier comprenne de toute urgence les besoins de l’époque avant qu’il ne soit trop tard. »[10]

La justice est au cœur d’un monde plus pacifique et tolérant. Si la nécessité de la justice est souvent reconnue, les pays puissants ont souvent échoué à la faire appliquer si cela allait à l’encontre de leurs propres intérêts. En effet, nombre d’entre eux ont continué sans honte à s’approprier les droits d’autrui.

S’adressant aux dignitaires lors du Symposium national sur la paix au Canada, le Calife a déclaré :

« Tout le monde comprend que le monde a un grand besoin de paix et d’harmonie, et pourtant, bien qu’ils le comprennent, il semble que les gens ne soient pas disposés à prendre les mesures nécessaires pour y parvenir. Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde, une priorité bien plus grande est donnée, directement ou indirectement, à l’affirmation de la domination et de la suprématie sur les autres et à la satisfaction d’une soif de pouvoir et d’autorité. »[11]

Les conseils du Calife agissent comme un rappel intemporel quant à la nécessité de la justice et la manière dont elle doit être assurée.

Le Calife déclare :

« Si nous voulons vraiment la paix à notre époque, nous devons agir avec justice. Nous devons valoriser l’égalité et l’équité. Comme le prophète de l’islam (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’a si bien dit, nous devons aimer pour les autres, ce que nous aimons pour nous-mêmes. Nous devons défendre les droits des autres avec le même enthousiasme et la même détermination que nous défendons nos propres droits. Nous devons élargir nos horizons et regarder ce qui est juste pour le monde, plutôt que ce qui est juste pour nous. Ce sont là les moyens de la paix à notre époque. »[12]

La détérioration de l’état du monde nous dit maintenant qu’en effet les paroles du Calife sont avérées vraies. Le rappel brutal du général Carter ne fait que renforcer ces vérités indéniables. Le message du Calife au monde est on ne peut plus clair.

Comme l’a mentionné le Calife dans une allocution à Londres en mars 2011 :

« La paix ne peut être établie sans justice. Et la justice ne peut être établie sans former une relation avec l’Être Supérieur. »[13]

 

Références :

1 – Discours à Beverly Hills (Los Angeles), le 11 mai 2013
2 – https://www.nytimes.com/2019/06/13/opinion/france-united-states.html?action=click&module=Opinion&pgtype=Homepage
3 – https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_wars:_2003–present
4 – Sermon du vendredi, le 8 décembre 2015
5 – https://www.un.org/en/sections/what-we-do/
6 – Conférence à l’Université York de Toronto, le 28 octobre 2016
7 – https://www.thestatesman.com/opinion/sans-reforms-un-brand-suffers-1502931606.html
8 – Discours au Parlement néerlandais, le 6 octobre 2015
9 – Symposium sur la paix de la Communauté musulmane Ahmadiyya du Royaume-Uni, le 25 mars 2017
10 – Discours à Beverly Hills (Los Angeles), le 11 mai 2013
11 – Symposium sur la paix de la Communauté musulmane Ahmadiyya du Canada, le 11 novembre 2016
12 – Conférence à l’Université York de Toronto, le 28 octobre 2016
13 – Symposium sur la paix de la Communauté musulmane Ahmadiyya du Royaume-Uni, le 26 mars 2011

Source : pressahmadiyya.com

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