Récit | 29.04.2018

Le Calife évoque pour la première fois les instants précédant son élection

Pour le compte du journal ‘Al-Hakam’, M. Asif M Basit, le Directeur des Programmes de la MTA International, a demandé au Calife de raconter comment il a vécu les événements menant à son élection. Ci-dessous la traduction en français de son article:

Les jours qui ont suivi la disparition du quatrième Calife et précédé l’élection du cinquième Calife ont été des jours agités pour l’ensemble de la Djama’at. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur cette période délicate, mais nous nous sommes toujours demandé comment Hadhrat Mirza Masroor Ahmadatba l’avait lui-même vécue. 15 années sont passées dans cette curiosité mais enfin pour le compte de l’hebdomadaire Al-Hakam, qui m’en a fourni l’occasion, j’ai pu accumuler assez de courage pour lui poser la question. Et il y a quelques jours, dans un instant béni, je me suis enquis à ce sujet auprès duCalifeatba et ce dernier a gracieusement accepté de faire la lumière sur ce point. Je ne revendique aucun talent pour la sténographie, ni n’en ai-je une quelconque expérience, mais Allah m’a permis de noter chaque mot que le Califeatba a prononcé dans sa réponse. Ci-dessous, la traduction de la narration originale en ourdou des événements par Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, Khalifatoul Masih Vatba :

Je suis rentré du bureau et mon épouse m’a informé que Miyan Luqman avait appelé depuis Londres pour annoncer que Hadhrat Khalifatul Masih IVrt était décédé. J’ai immédiatement appelé le Dr Nuri Sahib qui était à l’époque à Londres auprès de Hadhrat Khalifatul Masih IVrt, en tant que son conseiller médical, qui a confirmé cette nouvelle dévastatrice.

Ça a été un grand choc. La tristesse était accablante, mais la nature sensible de la situation exigeait un contrôle complet de ses émotions, car c’était une période éprouvante pour l’ensemble de la Djama’at. En ma qualité de Nazir-e-Ala [Secrétaire en chef], il m’incombait d’organiser et de superviser la série d’événements qui s’enchaineraient.

J’ai appelé le Secrétaire privé du Calife à Londres et j’ai réalisé qu’il n’était pas encore au courant de la situation. Je lui ai demandé de recueillir toutes les informations et de me les envoyer le plus tôt possible.

Entre-temps, j’ai convoqué une réunion du Comité Oulia, qui comprenait les principaux responsables des organes de la Djama’at, comme les Sadr Anjuman Ahmadiyya et Tehrik-e-Jadid, etc. J’ai donné des instructions au vu de l’urgence de la situation. Je devais également m’assurer que les visas étaient à jour et que les préparatifs de voyage étaient en cours pour les membres du Collège électoral ; et pour ceux dont les visas étaient expirés, je me suis assuré qu’ils obtiennent des visas le plus rapidement possible.

Pendant ce temps, j’ai reçu du Secrétaire privé, les détails de l’heure et de la cause du décès du Califert. Je les ai transmis à Miyan Ahmad Sahib [le regretté Sahibzada Mirza Ghulam Ahmad Sahib] avec des instructions pour la rédaction d’un communiqué pour informer les Djama’ats du monde entier. Il m’a ramené le brouillon pour approbation, et le communiqué final a ensuite été transmis à toutes les Djama’ats et a été également diffusé sur la MTA. J’avais déjà demandé à Sultan Mahmood Anwar Sahib de faire une annonce officielle après la prière d’Asr à la mosquée Masjid Moubarak.

Cette période était une épreuve de patience. D’une part, il y avait le chagrin de la mort du Califert et de l’autre, la responsabilité de remplir un devoir crucial qui m’avait été confié par le Califert: le devoir de superviser les préparatifs conduisant à l’Intikhab-i-Khilafat [l’élection du nouveau Calife].

Avec ces sentiments partagés, je suis rentré chez moi pour préparer mon voyage pour Londres. La préparation, soit-dit en passant, consistait à s’emparer de quelques vêtements et mes documents de voyage et prendre le chemin du départ.

Comme les visas étaient encore en cours de traitement pour quelques membres du collège électoral, il fut alors décidé que ces derniers seraient divisés en deux convois : le premier partirait le même jour et l’autre le lendemain, une fois les visas obtenus.

Dans le premier convoi, se trouvaient Miyan Khurshid sahib [le regretté Sahibzada Mirza Khurshid Ahmad Sahib], Miyan Ahmad Sahib [le regretté Sahibzada Mirza Ghulam Ahmad Sahib], Miyan Anas Ahmad Sahib et moi-même ; nous étions au total quatorze membres. Nous sommes partis de Rabwah à Lahore où nous devions prendre un vol. Il y avait un court transit à Abu Dhabi, d’où nous avons embarqué sur le vol à destination de Londres.

De Rabwah, j’avais déjà donné des instructions concernant le lavage et l’enveloppement du corps. Quand nous sommes arrivés à Londres, le corps avait été lavé, enveloppé et placé dans un cercueil et le corps du Califert avait été exposé solennellement à Mahmood Hall pour que les membres de la Djama’at lui rendent un dernier hommage. J’ai moi-aussi d’abord rendu mes derniers hommages ici à Mahmood Hall. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que l’on ressent en voyant son Imam dans cette situation. Mais vous pouvez l’imaginer ; alors, imaginez ce que je ressentais à ce moment-là.

D’ici là, il était l’heure de la Namaz [prières], alors nous avons fait la prière dans la mosquée Fazl. Désormais, le corps du Califert avait été placé dans une pièce adjacente à Mahmood Hall. Je suis allé dans cette pièce. Ce fut un moment étrange ; dans la chambre il y avait le Califert, moi-même et un silence absolu. C’était un décor surréaliste. Je suis resté là, à côté du Califert, pendant un certain temps, priant pour lui.

Hadhrat Khalifatul Masih IVrtavait laissé une liste de directives bien avant sa disparition, en prévision d’une telle situation d’urgence. Une clause stipulait qu’en attendant l’arrivée du Nazir-e-Ala à Londres, l’Amir de la Djama’at du Royaume-Uni agirait en tant qu’adjoint au Nazir-e-Ala pour piloter entre-temps les arrangements nécessaires. A mon arrivée, j’ai repris la charge à l’Amir Sahib du Royaume-Uni et entamé le processus de convocation du Collège électoral, des funérailles et de l’enterrement, etc. Le temps était court ; il y avait beaucoup à faire et chaque tâche demandait beaucoup de soin et d’attention.

Grâce aux bénédictions absolues d’Allah, tout a été organisé en temps voulu. Je me sentais en paix de m’être acquitté de mon devoir. Chaque moment était consacré à prier pour qu’Allah accorde à la Djama’at un nouveau Calife, et que chaque membre de la Djama’at et moi-même puissions obéir au nouveau Calife ; chaque moment était consacré à prier pour qu’Allah garde la Djama’at unie. Cet état est, en effet, un état de peur. Bien sûr, il y avait de la peur. Mais il y avait aussi une foi ferme dans la promesse d’Allah qu’Il transformerait cet état de crainte en paix. De ce fait, j’avais la ferme conviction qu’Allah accorderait à la Djama’at un nouveau Calife et que nos peurs seraient converties en un état de paix.

Puis vint le moment de l’élection. En tant que membre, je suis également entré dans la mosquée Fazl qui était remplie de membres du Collège électoral. Je me suis tenu près des chaussures avec Chaudhry Hameedullah Sahib pendant un moment.

Chaudhry Sahib, qui était le plus haut fonctionnaire de la Jamaat, devait présider l’élection, alors quand il a été appelé pour la présider, je me suis assis là où j’étais, à l’arrière de la mosquée.

L’aura de ce rassemblement était telle que je n’avais pas le courage de lever les yeux et regarder autour de moi, ni ma conscience ne me le permettait-elle; c’était un moment délicat. J’étais donc assis, le regard baissé. Quand mon nom a été présenté, j’ai ressenti une peur instantanée, alors j’ai baissé la tête.

Quand les votes ont été comptés et l’annonce faite, j’étais convaincu qu’il devait y avoir eu une erreur dans le décompte. Ce qui est arrivé après cela m’a fait trembler ; il n’y avait d’autre choix que d’accepter le Décret de Dieu. La Bai’at et la prière silencieuse suivirent.

Comment je me sentais en ce moment, le monde entier l’a vu à la MTA. C’était comme si le poids d’une montagne avait été placé sur mes épaules. Il était minuit, ou même minuit passé, quand je suis arrivé à [ma résidence au numéro] 41 à la Guest House. Là, dans ma chambre où j’étais, il y avait l’obscurité de la nuit et les bénédictions de mon Dieu.»

Le Califeatbafit une pause ici. Ayant entendu cela directement du Califeatba, j’étais enchanté et je ne savais pas comment demander davantage de détails. Mais dans ce moment précieux, j’ai senti que les lecteurs d’Al Hakam méritaient plus et ainsi, j’ai eu le courage de collecter plus de perles : « Huzoor, quelles sont les pensées qui vous ont traversé l’esprit en quittant Rabwah ? » ai-je demandé. Notre maître bien-aimé, dans son humilité, a répondu à voix basse :

« Il y avait tellement à faire avant mon départ qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre dans mon esprit. Cependant, j’avais dit à mon épouse que le septième jour après l’élection, je demanderais la permission au nouveau Calife de rentrer. J’étais également mentalement préparé à la possibilité que le nouveau Khalifatul Masih ne m’attribue pas la même responsabilité que j’avais. Mais je m’étais juré que quelles que soient les responsabilités qui me seraient assignées, je les exécuterais de tout mon cœur et ensuite je rentrerais. »

Je pensais que c’était tout, qu’il avait terminé. Mais mon maître a probablement perçu ma curiosité.

« Est-ce que c’est tout ? Que veux-tu savoir d’autre ? »

Il a dit cela avec beaucoup d’affection ; l’affection qui produit du courage. J’ai demandé : « Votre vie doit avoir radicalement changé après être devenu Calife. Qu’est-ce que cela fait ? » La réponse était simple mais éclairante.

« Ce moment a été un tournant dans ma vie. Ce que j’avais laissé derrière moi, est resté à demeure et où je me dirige est, par la volonté d’Allah, en mouvement perpétuel. J’étais un homme libre, qui aimait semer des graines et récolter les cultures, en somme un simple fermier. Ensuite, j’ai été nommé Nazir-e-Ala, et à partir de ce moment-là, j’ai dû assumer des responsabilités administratives. Puis, Allah m’a confié cette responsabilité-ci. »

En sortant du bureau du Califeatba, j’étais fasciné. Devant mes yeux se trouvaient les récoltes qui avaient poussé des graines semées par ce grand Calife, et qu’il continue à semer. Qu’Allah fasse que ces récoltes volent au gré du vent de Sa Miséricorde pour toujours, et que le fermier de ces récoltes vive longtemps. Amine.

Asif M Basit

Traduit de l’anglais par le Dr Idrissa Koné

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