Le jeûne, quatrième pilier de l’Islam

Cet article a été écrit par un des plus grands hommes d’état et juristes internationaux de son époque, Hadhrat Muhammad Zafrulla Khan, pour ‘La Revue des Religions’, en mars 1994, et donne un aperçu bref et lucide du quatrième pilier de la foi musulmane.

L

e Saint Coran décrète : « O vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit tout comme il a été prescrit à vos devanciers, afin que vous soyez à l’abri du mal. Le jeûne prescrit est pour un nombre de jours déterminés mais quiconque est malade ou en voyage, devra jeûner ultérieurement pendant le même nombre de jours ; et pour ceux qui ne peuvent jeûner qu’avec difficulté, il y a une expiation – nourrir un pauvre. Et quiconque fera le bien de son propre gré, c’est mieux pour lui. Et le jeûne vous est bénéfique, si seulement vous le saviez. Le mois de Ramadhan est celui pendant lequel le Coran a été révélé comme guide pour l’humanité, avec des preuves claires sur la direction et le discernement. Par conséquent, quiconque d’entre vous est présent chez lui pendant ce mois, doit jeûner. Mais quiconque sera malade ou en voyage devra jeûner pendant le même nombre d’autres jours. Allah désire la facilité pour vous et il ne désire pas de la privation pour vous. Il désire que vous complétiez le nombre de jours et que vous fassiez les louanges d’Allah pour vous avoir guidés, et que vous Lui en rendiez grâce. » (2 :184-186)

« La nuit du jeûne, il vous est permis d’approcher vos femmes. Elles sont pour vous un genre de vêtement et vous êtes pour elles un genre de vêtement. Allah sait que vous êtes traités avec injustice et c’est pourquoi Il s’est tourné vers vous avec clémence, et Il vous a accordé un soulagement. Il vous est donc permis maintenant d’approcher vos femmes et de chercher ce qu’Allah a décrété pour vous ; mangez et buvez jusqu’à ce que le fil blanc vous devienne distinct du fil noir de l’aube. Alors, observez le jeûne jusqu’à la tombée de la nuit, et abstenez-vous d’approcher vos femmes pendant que vous restez dans la mosquée pour vos dévotions. Voilà donc les limites fixées par Allah, ne les approchez donc pas ! C’est ainsi qu’Allah explique Ses commandements aux hommes afin qu’ils soient à l’abri du mal. » (2 :188)

L’idée du jeûne a été inculquée dans toutes les religions fondées sur la révélation, même si une stricte conformité aux ordonnances y relatives n’est plus de mise. En effet, dans certaines disciplines, le jeûne a été réduit à une observance purement symbolique. Dans l’Islam, les ordonnances en rapport au jeûne sont clairement énoncées et définies, et selon leurs degrés d’applicabilité, elles sont strictement respectées. L’on observe parfois une tendance à une plus grande rigidité mais celle-ci doit être contenue et réfutée par la démonstration du vrai but du jeûne et de la signification de ses règles et de sa nature.

Mises à part les dérogations permises, l’observance du jeûne est obligatoire pour tout musulman adulte durant le mois de Ramadhan, le neuvième mois du calendrier lunaire utilisé dans l’Islam. Comme l’année lunaire est plus courte d’environ onze jours par rapport à l’année solaire, le Ramadhan alterne perpétuellement dans les mois et les saisons, arrivant onze jours plus tôt chaque année. Ainsi, dans chaque partie du globe, il avance à travers les saisons chaque année. Dans les tropiques, quand le Ramadhan tombe dans la saison d’été, non seulement les jours sont plus longs que pendant l’hiver, mais le jeûne entraîne des difficultés supplémentaires en raison de la chaleur, car les activités de la vie courante se poursuivent, et dans la chaleur intense et la sécheresse, un considérable degré de soif doit être enduré plusieurs heures par jour. Le jeûne n’est cependant en aucune manière une pénitence. Il s’agit d’une discipline physique, morale et spirituelle, et son objet est la promotion de la vertu et la protection contre le mal. Grâce à l’expérience du jeûne, le fidèle est poussé à exalter Allah pour avoir fourni un guide et est invité à utiliser de manière bienfaisante Ses faveurs et Ses bienfaits. (cf. 2 :186)

En dehors du Ramadhan, un jeûne facultatif, non-obligatoire, peut être observé à tout moment, à l’exception des deux jours de fête du calendrier islamique. Le Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, observait souvent un jeûne le lundi et le jeudi, mais il n’approuvait pas que l’on jeunât de manière optionnelle le vendredi.

Un jeûne est prescrit comme expiation ou comme une peine alternative à l’égard de certains crimes ou défauts, mais dans ces cas aussi, l’objet en est la promotion des valeurs physiques, morales et spirituelles. Par exemple, si une personne en pèlerinage à la Maison d’Allah n’a pas les moyens de sacrifier un animal tel que prescrit, il doit observer un jeûne pendant trois jours au cours du pèlerinage et sept jours après son retour à la maison, ce qui en fait dix en tout. « Et accomplissez le Pèlerinage et l’Umra pour l’amour d’Allah ; mais si vous êtes retenus, alors faites quelque offrande facile à trouver ; et ne vous rasez pas la tête avant que l’offrande ne soit arrivée à destination. Et quiconque parmi vous est malade ou souffre de la tête devra faire une expiation soit en jeûnant, soit en faisant l’aumône, ou en offrant un sacrifice. Mais lorsque vous serez en sécurité, celui qui voudrait en profiter pour faire l’Umra et le Pèlerinage ensemble doit faire quelque offrande facile à trouver. Mais ceux d’entre vous qui ne pourraient pas trouver d’offrande devront jeûner trois jours pendant le Pèlerinage et sept jours une fois rentrés chez eux, c’est-à-dire pendant dix jours entiers. Voilà ce qui incombe à celui dont la famille n’habite pas tout près de la Sainte Mosquée. Et craignez Allah, et sachez bien que le châtiment d’Allah est rigoureux. » (2 :197)

L’expiation pour avoir violé un serment est un jeûne de trois jours. « Allah ne vous demandera pas de compte de ceux de vos serments qui sont vains, mais Il vous demandera des comptes pour ceux qui vous faites sérieusement. Et l’expiation pour cela sera de nourrir dix pauvres de la même qualité d’aliments dont vous nourrissez vos familles ; ou des les vêtir, ou encore de libérer un esclave. Mais quiconque n’en trouvera pas les moyens devra jeûner pendant trois jours. Cela sera l’expiation des serments que vous aurez faits. Et surtout soyez fidèles à vos serments. C’est ainsi qu’Allah vous a expliqué Ses Signes afin que vous Lui en soyez reconnaissants. » (5 :90)

La peine alternative pour avoir tué du gibier lors d’un pèlerinage est un jeûne pour un nombre de jours correspondant au nombre d’animaux tués. La peine alternative pour homicide involontaire est un jeûne de deux mois consécutifs : « Et il ne convient pas à un croyant de tuer un autre croyant à moins que ce ne soit pas erreur. Et celui qui tue un croyant par inadvertance devra affranchir un esclave croyant et payer le prix du sang à ses héritiers, à moins que ceux-ci ne le remettent par charité. Mais si la victime appartient à un peuple qui vous est hostile, et qu’elle soit croyante, alors le coupable devra affranchir un esclave croyant ; et si elle est d’un peuple avec lequel vous avez fait un pacte, alors le coupable paiera le prix du sang pour qu’il soit remis à ses héritiers, et affranchira un esclave croyant. Mais celui qui n’en trouvera aucun, jeûnera pendant deux mois consécutifs – une expiation imposée par Allah. Et Allah est Omniscient, Sage. » (4 :93) et la même pénalité est appliquée pour le zihar, une déclaration (insulte) frivole proférée par un mari, apparentant les relations avec son épouse à avoir des relations avec sa mère, une méthode détestable pour amener le divorce, pratiquée à l’époque préislamique, abolie par l’islam : « Quant à ceux qui appellent leurs épouses mères, et qui voudraient ensuite revenir sur ce qu’ils ont dit, ils doivent au préalable affranchir un esclave avant qu’ils se touchent. Ceci est ce dont vous êtes avertis. Et Allah est Bien-Renseigné sur ce que vous faites. Mais quiconque n’en trouve pas, il doit jeûner pendant deux mois consécutifs, avant qu’ils se touchent » (58 :4-5)

Un vœu de silence pour une certaine période – Il dit : « Mon Seigneur, désigne un signe pour moi. » Dieu dit : « Ton signe est que tu ne parleras à personne pendant trois jours et trois nuits consécutifs. » (19 :11) – a également été décrit dans le Coran comme un jeûne : « Alors mange et bois, et console-toi. Et si tu vois qui que ce soit, dis : « J’ai voué un jeûne au Dieu Gracieux ; je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain. » (19 :27)

L’observance physique

La pratique du jeûne, qu’il soit obligatoire ou volontaire, ou par voie d’expiation ou comme une peine, est soumise aux mêmes règles. La période du jeûne quotidien s’étend de la première lueur de l’aube, une heure et quart environ avant le lever du soleil normalement, jusqu’au coucher du soleil. Dans ce temps, ni aliment ni boisson ou nourriture ne peuvent passer par les lèvres d’une personne qui observe le jeûne. Ni ne devraient être avalées ou injectées dans le système aucune drogue ou autre substance. Le jeûne peut toutefois être interrompu en cas d’urgence et prend fin si la personne l’observant devient malade. Ni ne devrait-il y avoir de relations entre mari et femme, ou tout ce qui en approche.

Le jeûne ne doit pas être poursuivi au-delà du coucher du soleil, même si rien d’autre n’est immédiatement disponible pour rompre le jeûne. Quelques gouttes d’eau, une pincée de sel ou de sucre, un peu de pain rassis ou une date sèche, etc. suffisent.

S’il y a, pendant le jeûne, ingurgitation de nourriture ou de boisson, dans l’oubli le plus complet, ce ne serait pas vicier le jeûne et il doit être poursuivi jusqu’à la nuit. Si, cependant, quelque chose est avalé par négligence, même involontairement, le jeûne est entaché et ne peut être poursuivi.

Il est de coutume, voire considéré comme souhaitable qu’un petit déjeuner léger soit pris immédiatement avant le début du jeûne. La rupture du jeûne après le coucher du soleil ne doit pas être une occasion de se gaver de nourriture et de boisson. Ce serait en contravention à l’esprit du jeûne et serait un éloignement de l’exemple du Saint Prophète, paix soit sur lui, que l’on doit suivre. Cela pourrait également s’avérer néfaste pour la santé.

Le mois de Ramadan est une période de formation intensive en valeurs bénéfiques. L’abstention de nourriture et de boisson et des relations conjugales pendant un certain nombre d’heures chaque jour pour un mois est un précieux exercice d’endurance et de ténacité. Mais ce n’est là que l’enveloppe extérieure, pour ainsi dire du jeûne. Pourtant, même cela a une grande importance sociale. Il fait ressortir aux sections les plus fortunées de la société le sens de la faim et de la soif. La privation cesse, dans leur cas aussi, d’être une simple expression et devient une expérience partagée en commun avec tous. La conscience qu’un grand nombre de leurs semblables ont à souffrir de la faim la plupart du temps est exacerbée et il y a beaucoup d’engouement à partager avec ces derniers les bienfaits que Dieu les a, de Sa Grâce, accordés.

L’observance physique

Le véritable but du Ramadan, comme toute forme d’adoration islamique, est d’attirer les gens à Allah. Bien que les activités et les occupations courantes soient effectuées comme à l’accoutumée, l’accent sur les valeurs morales et spirituelles et la concentration sur ces valeurs sont intensifiés, et tout est subordonné à l’objectif principal. L’audition, la vue, la langue, l’esprit, tous sont sous contrôle plus strict. Par exemple, non seulement les futilités, mais aussi les verbiages sont à éviter, de sorte qu’il y ait une plus grande concentration dans le souvenir d’Allah et la réflexion sur Ses attributs. Le Saint Prophète a dit: « Celui qui s’abstient de nourriture et de boisson pendant la période du jeûne mais qui ne se retient pas de proférer un mensonge se prive pour rien. » On raconte à propos de lui que pendant le Ramadan, sa préoccupation pour les pauvres, les nécessiteux, les malades et les orphelins, et l’attention qu’il leur portait, s’intensifiaient variablement, et que sa charité ne connaissait aucune limite.

Récitation du Coran et Itikaf

L’étude du Coran et la réflexion sur les signes divins y récités prennent une plus grande partie du temps, temps qui peut être engrangé en réduisant à un minimum les autres activités que l’on s’imposait d’ordinaire. Théologiens et universitaires multiplient les dissertations sur le Coran au cours de ce mois. La prière optionnelle observée dans la dernière partie de la nuit est jugée obligatoire pendant le Ramadan, mais peut être offerte individuellement ou en congrégation. Pour la commodité de ceux pour qui il est difficile de se rendre à une mosquée à cette heure pour participer à ces prières, une prière en congrégation se tient après Isha, la prière du soir. Qu’il soit tenu après Isha ou avant Fajar, le passage récité suivant la Fatiha prend alors des proportions considérables. La prière comprend huit raka’as, offertes en quatre unités de deux raka’as chacun, et est dirigée par un imam qui est Hafiz, quelqu’un qui a appris tout le Coran par cœur. Au cours de cette prière, la récitation du Coran est faite dans l’ordre et ainsi la récitation de la totalité du Coran est achevée pendant le Ramadan. Cela implique la récitation d’environ 1/28ème du Coran au cours de la prière quotidienne, un huitième de cette partie récitée suivant la Fatiha dans chaque raka’a. L’Imam, bien sûr, récite de mémoire et la congrégation suit la récitation avec une attention soutenue.

C’est une autre caractéristique unique de l’Islam. Pas moins de soixante-dix fois est le Livre de l’Islam mentionné dans la Révélation elle-même sous l’appellation ‘Coran’. Le mot signifie ce qui est lu à plusieurs reprises, récité, proclamé. C’est la seule Écriture sainte qui est dans sa totalité exprimée par des paroles révélées. Elle est donc la seule qui est littéralement « la Parole de Dieu ». Le nom même du Coran est une prophétie selon laquelle il sera largement lu à plusieurs reprises, récité, et proclamé. Son texte, selon les termes de la révélation, est conservé intact et dans son bon ordre dans les mémoires de millions de fidèles de génération en génération. Des centaines de millions de personnes lisent et récitent des portions de celui-ci dans les services de la prière et par ailleurs au cours de la journée et de la nuit autour du globe. Pendant le Ramadan ce nombre est considérablement augmenté. D’innombrables personnes le lisent en entier par eux-mêmes au cours de ce mois. D’autres écoutent son interprétation et son commentaire.

Un nombre beaucoup plus important écoute sa récitation entière dans le cadre du service (Itikaf) qui vient d’être décrit. Tout cela dans les termes mêmes de la révélation par laquelle il a été envoyé il y a près de 1400 ans. Cela en soi est un signe divin et un témoignage incomparables.

Au cours des dix derniers jours du Ramadan, beaucoup de gens s’isolent, pour ainsi dire, dans une mosquée et consacrent la totalité de leur temps, lorsqu’ils ne sont pas occupés par les services obligatoires et volontaires, à l’étude du Coran et au souvenir d’Allah. Cette période de dévotion complète de la part d’un adorateur à l’exercice des valeurs purement spirituelles est le point culminant de la discipline physique, morale et spirituelle instituée par l’Islam. Porter plus loin une telle discipline serait comme une sorte d’ascèse (ou de monachisme) qui n’est pas approuvée dans l’Islam : « Ensuite Nous avons fait marcher sur leurs pas Nos Messagers et Nous avons fait que Jséus, fils de Marie, les suive, et Nous lui avons donné l’Evangile. Et Nous avons mis de la compassion et de la miséricorde dans le cœur de ceux qui le suivaient. Et ils inventèrent le monachisme – Nous ne l’avions pas prescrit pour eux – pour rechercher le plaisir d’Allah ; mais ils ne l’observèrent pas comme il le fallait. Néanmoins, Nous avons donné à ceux qui croyaient la récompense qui leur était due, mais beaucoup d’entre eux sont rebelles. » (57 :28)

Prohibitions

L’abstention totale de nourriture et de boisson pendant la période du jeûne ne constitue pas une si grande difficulté pour un musulman comme les adeptes d’autres disciplines peuvent être amenés à imaginer. Les enfants musulmans sont élevés dans une atmosphère de respect et de dévotion aux valeurs indiquées par la foi. Très tôt, ils commencent à démontrer un empressement à les pratiquer. Les parents doivent souvent retenir les jeunes enfants d’observer le jeûne. Ils sont formés dans l’endurance des rigueurs du jeûne par un processus graduel, étalé sur plusieurs années. Un enfant de douze ou treize ans peut être autorisé à observer le jeûne trois ou quatre jours à des intervalles au cours du Ramadan. L’année suivante, il peut être autorisé à augmenter ce nombre à huit ou dix. Dans la troisième année, il peut se contenter de jeûner tous les deux jours. A la quatrième année, il serait prêt à assumer pleinement l’obligation en entier.

Un autre facteur très utile est fourni par les prescriptions alimentaires de l’Islam. En matière de nourriture, les interdictions sont le sang, la chair d’un animal qui meurt de lui-même ou qui est abattu pour la nourriture, la chair de porc et la chair d’un animal sur lequel le nom d’un autre qu’Allah a été invoqué, ce qui signifie, les sacrifices aux idoles ou à d’autres dieux et les offrandes faites aux saints ou à tout être autre que Dieu : « Il ne vous a interdit que ce qui meurt lui-même et le sang et la chair de porc et tout ce sur lequel un nom autre que celui d’Allah a été invoqué. Mais pour celui qui y sera contraint par la nécessité, n’étant pas désobéissant et ne dépassant pas les limites, ce ne sera pas un péché ; assurément, Allah est Très-Pardonnant, Miséricordieux. » (2 :174)

Les trois premières catégories sont interdites parce qu’elles sont nocives pour le corps, et ce qui est nocif pour le corps est nécessairement nuisible à l’esprit. La dernière interdiction se rapporte à quelque chose qui est manifestement préjudiciable moralement et spirituellement dans la mesure où elle implique l’association d’autres à Allah.

Il y a une dérogation dans le cas d’une personne qui est contraint par la nécessité et pour qui aucun autre moyen de subsistance et de nourriture n’est disponible sur le moment. Une telle personne peut prendre une nourriture prohibée, consommant seulement autant qu’il le jugera nécessaire pour ses besoins immédiats. Dans un tel cas, la priorité est donnée à la nécessité de maintenir et de protéger la vie, contre la possibilité d’un tel préjudice, s’il y en a, qui pourrait résulter de la consommation d’une quantité minimum du produit interdit (cf. 2 :174)

Alcools et boissons alcoolisées sont interdits. Il est reconnu que certaines personnes peuvent tirer un certain plaisir ou un avantage de l’utilisation de l’alcool ou d’un autre produit interdit, mais il est souligné que le préjudice résultant de cette utilisation est beaucoup plus grand que n’importe quel plaisir ou avantage qui pourrait en être dérivé : «  Ils t’interrogent sur le vin et le jeu du hasard. Dis-leur : « Tous deux comportent un grand péché, en même temps que certains avantages pour les hommes ; mais le péché l’emporte sur les avantages. » (2 :220)

L’interdiction est cependant claire et absolue:

« O vous qui croyez ! Les intoxicants et les jeux du hasard et les idoles et les flèches divinatrices ne sont qu’une abomination, œuvre de Satan. Fuyez donc chacune de ces choses afin de pouvoir prospérer. Satan ne désire seulement que créer de l’inimitié et de la haine parmi vous au moyen des intoxicants et des jeux du hasard , et vous retenir ainsi du souvenir d’Allah et de la prière. Mais abstiendrez-vous ? » (5 :91-92)

Il convient de rappeler qu’en matière du plaisir ou de l’avantage que l’on tire de spiritueux ou de toute autre substance enivrante, et du préjudice qui peut en résulter de leur utilisation, ce n’est pas un individu ou une classe d’individus qui doivent être considérés; c’est la société dans son ensemble qui doit être prise en compte. Il se pourrait bien que le préjudice à un individu ou à un certain nombre de personnes ne soit pas apparent, mais l’on ne peut nier que la société dans son ensemble souffre gravement de la consommation d’alcool et d’autres substances intoxicantes. Le but du Coran n’est pas seulement de fournir des orientations pour l’individu, mais de fournir des orientations à l’individu en tant que membre de la société et, en effet, à l’humanité tout entière.

Ce sont là les interdictions, tout ce qui est permis ne peut cependant être utilisé comme nourriture ou boisson en toutes circonstances. De ce qui est permis, peut être pris comme nourriture et boisson ce qui est propre et sain : « O hommes, mangez de ce qui est permis et sain sur la terre, et ne marchez pas sur les traces de Satan. Assurément Satan est votre ennemi déclaré. » (2 :169). Cela est aussi relatif. Une large gamme de nourriture et de boisson peut être saine pour un enfant ou pour un malade. Mais même ce qui est permis et qui est propre et sain peut être consommé seulement en modération: « O enfants d’Adam ! Prenez soin de votre parure à chaque occasion et en chaque lieu d’adoration ; mangez et buvez sans dépasser les limites ; Assurément, Il n’aime pas ceux qui manquent de modération. » (7 :32)

Dans ces limites, il n’y a ni mal ni péché à manger et à boire les bonnes choses fournies par Allah par Sa grâce, dans la mesure où l’objectif est de maintenir la vie et promouvoir la santé dans le but de mener à bien la volonté d’Allah à travers la fermeté de la foi dans la direction qu’Il a fait descendre et les actions en conformité avec celle-ci.

« Pour ceux qui croient en Allah et qui font de bonnes œuvres, il n’y aura pas de péché en ce qu’ils mangent, pourvu qu’ils craignent Dieu, qu’ils croient et fassent de bonnes œuvres, et encore qu’ils craignent Allah et qu’ils croient, et craignent encore Allah et fassent de bonnes œuvres. Et Allah aime ceux qui font le bien. » (5 :94)

Voici donc une gradation qui est élastique et qui pourtant prend pleinement compte du but immédiat mais aussi ultime de la nourriture et de la boisson. Ce qui est dangereux dans l’ensemble est interdit, sauf en cas d’extrême nécessité, lorsque la sauvegarde de la vie humaine doit primer, même au risque d’un certain dommage, qui se peut temporaire. L’exonération ou la dérogation dans une telle situation est à la mesure seulement d’une quantité minimum qui devrait suffire pour les besoins immédiats. En vertu de cette restriction, la possibilité d’un préjudice serait faible, et une fois que le besoin immédiat a été assouvi, l’interdiction reprend effet automatiquement.

De ce qui est permis, ce qui est propre et sain peut être consommé, sous forme de nourriture et de boisson, mais avec modération. C’est encore une question relative à être déterminée en fonction des exigences de chaque individu et de chaque classe.

Enfin, non seulement le but immédiat de la nourriture et de la boisson, mais aussi l’objectif ultime, à savoir la promotion des valeurs morales et spirituelles, doit être gardé en vue.

Discipline et vertu

Il sera donc apprécié que la liberté d’un musulman à l’égard de la nourriture et des boissons, comme d’ailleurs à l’égard de toutes les questions, est régie par une réglementation efficace, et est disciplinée. Pendant le Ramadan, la réglementation et la discipline deviennent plus strictes afin d’intensifier les efforts pour la réalisation de l’objectif ultime. Ce qui est interdit car nuisible, que ce soit en matière de nourriture et de boisson ou à l’égard de toute autre activité, doit être évité en tous temps. Au mois du Ramadan, il doit y avoir abstention totale au cours de la période du jeûne, même de ce qui est licite et permis, de nourriture et de boisson qui soutiennent la vie et des relations conjugales qui favorisent le maintien de l’espèce, le but étant de gagner le plaisir d’Allah. Il a également un aspect symbolique. En observant le jeûne, l’adorateur fait une promesse ou un engagement que, si au cours de l’exercice de son devoir de soumission totale à la volonté d’Allah, il devrait être appelé à mettre sa vie en danger ou à sacrifier les intérêts de sa progéniture, il n’hésiterait pas à le faire. Une telle discipline pratiquée tout un mois chaque année devrait assurer que le participant aura, au cours des onze mois restants de l’année, progressivement de plus en plus le respect des valeurs morales et spirituelles.

Il ne faut jamais oublier que l’ensemble du jeûne, qu’il soit obligatoire, comme durant le mois de Ramadan, ou volontaire, à d’autres moments, sert à promouvoir la vertu, qui signifie la culture progressive des valeurs spirituelles. La même chose s’applique lorsque le jeûne est observé par expiation ou comme une pénalité. La récompense spirituelle d’une observation correcte du jeûne est en fait élevée. Le Saint Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit: « Il y a des récompenses spirituelles appropriées pour toute adoration ou action juste, la récompense ultime de la personne qui observe le jeûne uniquement pour gagner le plaisir d’Allah, est Allah Lui-même. »

La prière

Le mois du Ramadan est l’un des mois du calendrier lunaire. Il commence avec l’apparition de la nouvelle lune et se termine avec la prochaine apparition de la nouvelle lune. Dès que la nouvelle lune du Ramadan est aperçue, une flambée de joyeuse anticipation s’allume dans les cœurs des jeunes et des moins jeunes. La saison d’une communion plus grande avec le Très Glorieux, l’Eternel Miséricordieux, le Très Compatissant, le Très Pardonnant Seigneur de l’univers, l’Originel, le Créateur, le Façonneur et le Faiseur, le Maître du Jour du Jugement, est ouverte et nous sommes accordés une fois de plus, par sa Grace, la chance d’en être témoins et privilèges de l’effort de nous enrichir grâce aux possibilités qu’il offre en continu pour chercher le plaisir d’Allah. Toutes les louanges appartiennent à Allah pour Ses bienfaits sans fin! Salutations et félicitations sont échangées partout. Tout est en ébullition et en préparation solennelle. Les mosquées se remplissent de fidèles enthousiastes pour le service du Maghrib, suivi après un bref intervalle par Isha puis le Taravih dont les huit raka’as donnent à la congrégation le privilège d’écouter la récitation du Livre Saint, du début à la fin, dans le bon ordre, soir après soir, jusqu’à ce que, d’ici la fin du mois, l’ensemble ait été récité. La plus grande partie de la nuit est passée dans la supplication et la glorification et le souvenir précis d’Allah. Ceux qui préfèrent offrir les huit raka’as de prière volontaires durant la dernière partie de la nuit plutôt que le soir pendant Taravih y sont occupés jusqu’à l’approche du moment d’un petit déjeuner léger à l’heure solennelle de l’aube. L’appel du muezzin à la prière avec son premier « Allaho Akbar », Allah est grand, est le signal pour le début du jeûne et la préparation pour la Salat Fajr.

Ensuite, la routine quotidienne normale suit son cours avec une conscience accrue de l’obligation due à Allah et à Ses créatures, nos semblables. Louange, glorification et souvenir d’Allah, pour ainsi dire, forment l’infrastructure de toute l’activité et une plus grande attention est apportée au soin des pauvres, des nécessiteux, des veuves, des orphelins, des malades, des affligés, du voisin, du voyageur, etc. Des cours sur le Coran sont dispensés dans les mosquées et dans les séminaires. Vers la fin de la journée, le cœur éprouve une lueur de gratitude envers le Divin que Sa Grâce ait permis d’aborder la fin du jeûne après avoir passé la nuit et le jour en s’efforçant de se comporter conformément à Sa Volonté.

L’appel du muezzin à la prière pour le Salat Maghrib est le signal annonçant la fin du jeûne, qui se rompt avec une gorgée d’eau, une tasse de thé, une ou deux dates séchées, ou même une pincée de sel si rien n’est immédiatement disponible et avec la supplication suivante :

« Allah, pour Toi j’ai observé le jeûne, plaçant ma confiance en Toi, et je l’ai rompu avec ce que Tu as pourvu. La soif est assouvie et les artères rafraichies et je cherche ma récompense auprès de Toi, si tel est Ton vouloir. Je te supplie, Allah, de Ta miséricorde, qui englobe toute chose, que Tu sois content de pardonner mes péchés »

S’ensuit la prière du Maghrib quelques minutes après et par la suite, le repas du soir est servi. Il est considéré comme très louable d’inviter d’autres personnes, mais plus particulièrement les pauvres, les nécessiteux, les orphelins à la rupture du jeûne et au repas du soir. Ces deux peuvent ne pas être, cependant, des moments séparés. Un simple repas peut être pris au moment de la rupture du jeûne, précédant ainsi la Salat Maghrib. Un repas élaboré destiné à servir de compensation pour la période d’abstinence est non seulement contraire à l’esprit du jeûne, mais tend à bouleverser aussi la digestion. En cela, l’esprit du jeûne n’est pas respecté et observé aussi strictement dans certaines parties du monde musulman comme il devrait l’être.

La fin du jeûne

Le service Isha et Taravih complètent le rythme et le tempo de la vie quotidienne pendant le Ramadan. Quand le mois approche de sa fin, l’ambiance générale est celle de la réflexion qui favorise l’engouement à profiter pleinement des jours restants pour combler les lacunes et les échecs survenus dans les périodes antérieures. D’innombrables personnes éprouvent une communion plus étroite avec leur Faiseur et Créateur au cours de ce mois béni, dont l’intensité et la fréquence continuent à augmenter à mesure que le mois progresse.

Le jeûne se termine avec l’apparition de la nouvelle lune. La nouvelle lune peut être visible après le coucher du soleil du vingt-neuvième jour du jeûne, mais si ce n’est pas le cas, le jeûne doit être poursuivi le lendemain, ce qui fait un total de trente jours dans le mois. Il se peut que le trentième soir, la visibilité soit très faible en raison des conditions atmosphériques, et que la lune ne soit pas visible. Cela ne ferait aucune différence et le Ramadan prendrait fin au coucher du soleil ce jour-là, comme il est avéré qu’un mois lunaire ne peut s’étendre au-delà de trente jours. La même règle régit le début du mois.

Le jour suivant le dernier jour du Ramadan, déterminé comme ci-dessus, est un jour de fête, une célébration de la fin du jeûne. C’est une de ces occasions où un jeûne surérogatoire ne peut être observé. En conformité avec l’esprit de l’Islam, le seul service prévu pour ce jour de fête est une prière supplémentaire dans la matinée, comprenant deux raka’as et une allocution par l’Imam. Le service peut être tenu dans l’une des plus grandes mosquées d’une grande ville, mais en raison du grand nombre de personnes impliquées, a généralement lieu en plein air. Il est d’usage, à l’exemple du Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, de prendre un petit déjeuner léger après le lever du soleil, avant de partir pour la prière, et également de changer d’itinéraire pour rentrer chez soi en revenant du service.

Le caractère festif de cette occasion implique de rendre des visites de courtoisie, nourrir les pauvres, visiter les malades et glorifier Allah en célébrant Ses louanges, en reconnaissance pour le Guide qu’Il a fourni, en particulier à l’égard de tout ce qui concerne l’observance du jeûne, et pour avoir permis à ceux pour lesquels le jeûne est obligatoire d’avoir pu l’observer régulièrement.

Allah est Grand, Allah est Grand. Nul n’est digne d’être adoré à part Allah. Allah est Grand, Allah est Grand. Toutes les louanges appartiennent à Allah.

Fin

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